Transaction
La transaction en assurance est un contrat par lequel une victime et un assureur mettent fin à un litige en se consentant des concessions réciproques. Une fois signée , elle éteint le droit d’agir en justice sur les préjudices qu’elle couvre, au même titre qu’un jugement définitif.
Comment fonctionne une transaction avec un assureur ?
Après un sinistre, l’assureur évalue les dommages, généralement via une expertise, et formule une offre d’indemnisation. Si la victime l’accepte, les deux parties signent un document qui fixe le montant alloué et clôt le dossier. Ce document s’appelle le plus souvent procès-verbal de transaction ou protocole transactionnel.
La transaction repose sur l’article 2044 du Code civil : chaque partie renonce à une partie de ses prétentions pour éviter un procès. L’assureur évite une procédure longue ; la victime obtient une indemnisation rapide. La contrepartie est l’autorité de la chose jugée en dernier ressort : aucune action judiciaire portant sur les mêmes préjudices ne peut être engagée après la signature.
Le Code des assurances encadre certaines transactions spécifiques. En matière d’accident corporel, la loi Badinter impose à l’assureur de présenter une offre d’indemnisation dans des délais stricts. La nomenclature Dintilhac liste les postes de préjudices à évaluer (pretium doloris, déficit fonctionnel, perte de gains professionnels, etc.). Une offre qui sous-évalue l’un de ces postes peut sembler acceptable sans l’être réellement.
Peut-on revenir sur une transaction signée avec l’assurance ?
Trois vices du consentement permettent d’obtenir l’annulation d’une transaction : l’erreur sur l’étendue réelle des préjudices, le dol (manoeuvre trompeuse de l’assureur pour minorer l’indemnisation) et la violence économique, c’est-à-dire une pression abusive qui a contraint la victime à signer. Ces causes d’annulation sont reconnues par la jurisprudence, mais les conditions sont strictes et leur preuve difficile à rapporter.
Une situation distincte est l’aggravation médicale postérieure à la signature. Si l’état de santé se dégrade au-delà de ce qui était prévisible lors des négociations, la jurisprudence admet, dans certains cas, une demande complémentaire d’indemnisation, sans pour autant rouvrir la totalité du dossier. La clause de renonciation à tout recours figurant dans la transaction reste opposable sur les préjudices déjà indemnisés.
Dans tous les cas, consulter un avocat spécialisé avant de signer est la seule façon de savoir si l’offre couvre l’ensemble des préjudices. Une protection juridique entreprise peut financer ces honoraires d’avocat, ce qui évite que le coût d’un conseil indépendant ne dissuade le professionnel de vérifier l’offre.
La transaction dans un contexte professionnel
Un professionnel peut se retrouver des deux côtés d’une transaction. En tant que victime d’un accident ou d’un dommage causé par un tiers, il négocie avec l’assureur adverse. En tant que responsable, c’est son propre assureur (RC Pro, RC Générale, décennale selon l’activité) qui conduit les négociations et propose ou accepte une transaction au nom de l’assuré.
Dans ce second cas, le contrat prévoit généralement que l’assureur dirige la défense et peut transiger sans que l’assuré donne son accord explicite, sauf clause contraire. Un professionnel du bâtiment dont l’assureur décennale conclut une transaction avec un maître d’ouvrage voit ainsi son dossier clôturé sans forcément avoir validé chaque poste de préjudice reconnu. Lire attentivement la clause de direction du procès dans ses conditions générales est donc indispensable avant tout sinistre.
Un exemple concret : un consultant en informatique est mis en cause pour un retard de livraison ayant causé une perte d’exploitation à son client. Son assureur RC Pro évalue le préjudice économique, formule une offre et signe une transaction avec le client. Si le montant transigé dépasse le plafond contractuel, l’excédent reste à la charge personnelle du consultant. Connaître son plafond d’indemnisation avant les négociations est donc aussi déterminant que comprendre la transaction elle-même.